Les choses bougent du côté des Chambres africaines extraordinaires. Pour la première fois depuis le début de la procédure, Hissein Habré est mis en confrontation avec des victimes et des témoins présumés. Les juges et le Parquet ont reçu la visite depuis hier, de quatre Tchadiens sur les neuf convoqués pour les besoins de l’instruction.
Les Chambres africaines extraordinaires (Cae) accélèrent le rythme des auditions. Les juges et le Parquet ont reçu, depuis hier, la visite de quatre ressortissants tchadiens dont deux présumés victimes et deux témoins. Ils sont venus à Dakar pour les besoins d’une confrontation avec le principal accusé, en l’occurrence l’ex-Président Hissein Habré, détenu au Cap Manuel depuis maintenant plus d’une année.
Cette étape de la procédure permettra sans doute aux juges de confronter les arguments des uns et des autres. Une façon pour eux d’asseoir des preuves à charge ou à décharge. Elle va d’ailleurs se poursuivre dans les prochains jours toujours pour les besoins de l’instruction. Pour cette première confrontation, les juges avaient convoqué neuf personnes. Mais seules quatre personnes ont répondu à l’appel. «Les autres individus sont restés au Tchad pour des raisons liées à leur sécurité», confient des proches.
Cette confrontation se tient dans un contexte de malaise au sein de l’Etat tchadien. En effet, la Chambre d’accusation du Tribunal spécial, chargé de juger l’ex-Président du Tchad, a récemment déclaré irrecevable la constitution de partie civile de l’Etat tchadien disant que le pillage n’est pas une infraction visée par la procédure en cours. Une décision qui certainement n’a pas plu à Ndjamena qui voulait entrer dans la procédure estimant être victime de pillage économique de la part de Habré lors de sa fuite en 1990.
A cela, s’ajoutent les soupçons qui pèsent sur les autorités tchadiennes. D’aucuns dénoncent ouvertement son refus de livrer aux Cae les deux coaccusés de Habré, Saleh Younous et Mahamat Djibrine ce, malgré les multiples démentis du ministre de la Justice tchadienne, Béchir Madet. A ce propos d’ailleurs, le Procureur général près les Chambres africaines extraordinaires, Mbacké Fall, avait fait une sortie pour rappeler au gouvernement du Tchad ses engagements sur le transfèrement de ces deux personnes actuellement en détention à Ndjamena et dont la présence est presque obligatoire pour garantir un procès de l’ancien homme fort du Tchad. L’ex-Président est incarcéré depuis le 2 juillet 2013 pour crimes de guerre, crimes contre l’humanité et torture qu’il aurait commis lorsqu’il était au pouvoir de 1982 à 1990.
Le Quotidien
