Les élections dans les républiques autoproclamées de Donetsk et Lougansk, que Moscou a promis de reconnaître, risquent de sceller la perte par Kiev de territoires rebelles à l'issue d'un conflit de six mois qui a fait plus de 4.000 morts après l'annexion en mars de la Crimée par la Russie.
Les Occidentaux ont d'ores et déjà fustigé ce scrutin qui va compliquer les efforts de la paix dans la crise ukrainienne ayant entraîné la pire dégradation des relations avec la Russie depuis la fin de la guerre froide.
Les autorités ukrainiennes issues de la contestation du Maïdan à Kiev, réprimée dans le sang en février et ayant entraîné la chute du régime prorusse, ont qualifié le vote d'"illégal". Quelques heures après l'ouverture des bureaux de vote dans l'Est, les services de sécurité ukrainiens ont annoncé l'ouverture d'une enquête criminelle pour tentatives de "prise de pouvoir" et "changement de l'ordre constitutionnel" en qualifiant les représentants des républiques rebelles de "terroristes".
- 'Vivre normalement' -
A Donetsk, bastion séparatiste où des tirs en provenance de l'aéroport ont été moins intenses que la veille, des électeurs ont afflué dès le petit matin dans une école sur le boulevard du Cinquantième anniversaire de l'URSS. Il n'y avait pas parmi eux de jeunes bien que l'âge de vote ait été abaissé à 16 ans.
"J'espère que notre vote va changer quelque chose. Peut-être que nous allons finalement être reconnu comme un vrai pays, indépendant", a déclaré Tatiana Ivanovna, 65 ans, qui travaille dans un institut scientifique.
"Il faut qu'on vive normalement. C'est insupportable d'avoir peur pour sa famille à chaque bombardement. Je vais voter en espérant que ça aidera nos autorités a défendre nos intérêts contre Kiev", a indique Valeri Vitalievitch, 50 ans.
Pour le "Premier ministre" de la république autoproclamée de Donetsk Alexandre Zakhartchenko dont la victoire ne fait guère de doute, ce vote "permettra de constituer un gouvernement légitime".
Ce mécanicien de 38 ans avait dirigé à Donetsk la cellule locale du groupe paramilitaire Oplot dont le chef avait publiquement appelé à "crever un oeil ou casser une jambe" aux opposants pro-européens avant d'être nommé "Premier ministre" en août en remplacement d'un citoyen russe.
A Lougansk, autre place-forte des séparatistes, l'ex-minitaire de 50 ans Igor Plotnitski, très attaché au passé soviétique, devrait être confirmé dans ses fonctions.
Dans cette région, les élections ont débuté au son des lance-roquettes multiples Grad dans la localité de Guirské tirés par les rebelles, a affirmé le gouverneur pro-Kiev de la région Guennadi Moskal.
- 'Pseudo-élections' -
Le président ukrainien Petro Porochenko a dénoncé la veille "les pseudo-élections que les terroristes et les bandits veulent organiser sur les territoires occupés" et le secrétaire général de l'ONU Ban Ki-moon, à l'instar de Bruxelles, a estimé que le scrutin allait "sérieusement ébranler les accords de Minsk".
Ces accords, signés le 5 septembre entre Kiev, les rebelles, Moscou et l'Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe (OSCE), portent sur un cessez-le-feu et devaient être une première étape dans le processus de paix.
Sur le terrain le cessez-le-feu semble être de plus en plus virtuel avec une reprise des combats dans plusieurs zones qui ont fait plus de 300 morts au cours des dix derniers jours, selon un bilan établi par l'ONU.
Les autorités de Kiev ont annoncé samedi que sept soldats ukrainiens avaient été tués en 24 heures, l'un des plus lourds bilans depuis septembre.
Aucune organisation internationale n'a envoyé d'observateurs pour ces élections qui se déroulent sans réelle campagne électorale, sans taux minimum de participation requis, et avec des candidats à peu près inconnus face aux leaders en place, tous défendant par ailleurs la même ligne politique: rejet du pouvoir de Kiev, indépendance et rapprochement avec la Russie.
Le nombre de votants est incertain: sur les quelque cinq millions d'électeurs inscrits sur les listes électorales ukrainiennes avant le conflit, nombreux sont ceux qui ont quitté la région en raison des combats.
L'enthousiasme ne semble pas être partout au rendez-vous.
"Les rebelles nous ont promis une belle vie après le référendum de mai sur l'indépendance. Et nous avons eu la guerre. Je n'ai plus confiance et je ne vais pas aller voter", confie Vera, la soixantaine, en train de couper du bois qui lui servira à se chauffer, faute de gaz et d'électricité.
AFP
