Après avoir adopté une stratégie économique, l’Organisation internationale de la francophonie (Oif) a lancé hier son premier forum économique au Centre international de conférences Abdou Diouf de Diamniadio. A cette occasion, le Président Macky Sall, qui présidait la cérémonie d’ouverture, s’est fait l’avocat des investisseurs chinois et turcs qui se ruent vers l’espace francophone.

L’Organisation internationale de la francophonie s’est dotée d’une stratégie économique. Cette nouvelle vision politique de l’Oif a été adoptée dimanche, à l’issue du 15e sommet de Dakar.

Et pour arrêter les grandes orientations de cette stratégie économique francophone, le secrétariat général a lancé hier son premier forum économique. A cette occasion, Macky Sall, qui présidait la cérémonie d’ouverture, a exhorté les entreprises francophones à s’ouvrir à la mondialisation.

Défendant la présence des Chinois et des Turcs sur le continent africain, le chef de l’Etat sénégalais explique que la forte implantation de ces investisseurs est liée à la mondialisation.

«Nous ne sommes plus dans un milieu fermé entre francophones ou même francophiles. Nous sommes dans un environnement de compétition où les opportunités sont ouvertes à tous. Ce centre(Centre international de conférences Abdou Diouf) est l’exemple à ce que la Turquie a pu faire avec le Sénégal en très peu de temps en mettant son énergie, ses opportunités financières et surtout en se mettant au travail.

Car ce centre a été construit en onze mois. C’est dire que les Turcs et les Sénégalais ont travaillé 7 jours sur 7, vingt heures par jour. C’est aussi ce culte de travail qui fait que nous devons savoir qu’en face, il y a des Chinois qui ont travaillé 7 jours sur 7», défend le Président Sall.

Avant de prôner : «Si nos entreprises veulent être compétitives, il faut qu’elles se mettent à l’heure de la mondialisation.» Il explique que les pays francophones, notamment ceux d’Afrique, ne peuvent pas ne pas regarder les opportunités qui s’offrent à eux, parce que leurs besoins sont tellement pressants, tellement importants en volume que nos partenaires traditionnels ne sont plus seuls.

«Il se trouve qu’il y a de nouvelles opportunités. Quand on a besoin de construire des routes, des hôpitaux, des infrastructures et qu’on ait des opportunités d’avoir accès à des crédits moins chers, on ne peut pas ne pas regarder. Je sais que la présence de la Chine en Afrique dérange beaucoup, mais on devrait la voir plus positivement. Il nous faut de la compétition, de la transparence, un partenariat gagnant-gagnant. C’est ça la nouvelle Afrique», précise le Président Sall.

A son avis, «l’Afrique est une terre d’opportunités, parce que tout est à construire. Ce n’est plus le continent qu’on doit aider. C’est vrai qu’il y a des fléaux comme Ebola qui est une catastrophe. C’est 5 voire 6 mille morts sur 800 millions d’habitants, mais en Europe, rien que la grippe, elle tue plus de 10 mille et on n’en parle jamais. C’est ça le problème. L’espace de croissance c’est en Afrique».

Par conséquent, estime- t-il, les investisseurs peuvent travailler en Partenariat public privé (Ppp) avec les pays francophones.

L’Occident appelé à accepter la compétition en Afrique

Il faudrait cependant, selon Abdou Diouf, que l’Afrique évolue dans la bonne gouvernance et l’Etat de droit. Partageant cet avis de l’ex secrétaire général de l’Oif, Macky Sall évoque les réformes que le Sénégal est en train de mener. Entre autres, le Sénégal a adopté une loi sur la déclaration de patrimoine.

«C’est des efforts colossaux que nous déployons pour attirer les investisseurs. Faudrait-il que ceux (investisseurs) qui sont là acceptent la compétition. Il faut que les entreprises de l’Occident acceptent la compétition en Afrique. Ils ont la technologie, l’avantage de la langue, donc ils devaient être les mieux placés pour faire ce que nous devons faire ensemble. Les gens sont parfois restés dans des conforts qui datent de très longtemps», indique le Président.

Mais pour beaucoup d’observateurs, des choses restent à faire pour permettre aux privés étrangers de venir investir en Afrique. Le problème des visas par exemple est souvent évoqué.

A ce propos, assure Macky Sall, «toutes les conditions sont réunies». La seule contrainte, d’après lui, c’est le problème d’accès à la bonne information.

Il soutient : «Le risque politique n’existe pas. Tous nos pays quelles que soient leurs difficultés économiques, leur première exigence en dehors des salaires, c’est le service de la dette. Donc, on doit relativiser ces risques. Les gens pensent aussi qu’il y a un problème d’incertitude juridique. Je voudrais donner l’assurance aux hommes d’affaires et aux opérateurs économiques que l’environnement juridique est sécurisé. Nous n’avons pas de problème de sécurité juridique. Il faudrait que les entreprises puissent venir sur place regarder les opportunités.»

Il rappelle aussi que pour la lutte contre la bureaucratie, des efforts sont consentis pour réduire les délais. Le processus de dématérialisation des procédures est en cours. Et c’est ce qui explique la position du Sénégal dans le rapport Doing business de la Banque mondiale.

Mieux, ajoute le chef de l’Etat Sénégalais, «des efforts sont faits pour que toutes les informations soient accessibles en tout temps et en tout lieu».

De son côté, l’ancien Premier ministre français, Alain Juppé, prêche pour le renforcement du partenariat entre la France et l’Afrique. A son avis, «c’est une erreur de la France de prendre ses distances avec l’Afrique. La France à toute sa place en Afrique. Aujourd’hui, la France peut et doit être un partenaire de l’Afrique dans des relations apaisées, parce que c’est notre histoire».
Le Quotidien

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