L’ancien président Abdoulaye Wade a, en posant ses exigences, demandé le renvoi de l’affaire Karim Wade devant la Haute cour de justice et l’enterrement de la Cour de ré- pression de l’enrichissement illicite (Crei). Un point d’achoppement qui s’explique par la problématique de la sauvegarde des intérêts de l’Etat

«Tant que le leader du Parti démocratique Sénégalais (Pds), Me Abdoulaye Wade, persistera dans son exigence de voir son fils Karim Wade jugé par la Haute cour de justice, il sera peu probable qu’on assiste à une quelconque entente entre lui et le chef de l’Etat, Macky Sall».

Telle est la conviction «argumentée» d’un juriste du proche entourage de Macky Sall. Au-delà du devoir du chef de l’Etat, Macky Sall, qui est le président du Conseil supérieur de la magistrature, «de veiller à la préservation de la crédibilité des juges, y compris ceux siégeant actuellement à la Crei», il ne saurait être question de fausser l’esprit de la traque aux biens mal acquis sous-tendu par le recouvrement des milliards de francs présentés dans l’accusation.

Selon notre interlocuteur, c’est sur ce point précis que «l’exigence du renvoi de cette affaire Karim Wade constitue un véritable point d’achoppement difficile voire impossible à surmonter.» Pour cause, la loi n° 2002-10 du 22 février 2002 portant loi organique sur la Haute cour de justice n’accepte pas la présence des avocats de l’Etat en jugement.

«La constitution de partie civile n’est pas recevable devant la Haute cour», mentionne l’article 27 de ladite loi. Tout le contraire de la Crei devant laquelle les avocats de l’Etat plaident face à la défense et aux parquets pour tracer les ressources supposées mal acquis.

Pis, renseigne notre interlocuteur, l’alinéa 2 de cet article ajoute que « les actions en réparation de dommages ayant résulté de crimes et délits poursuivis devant la Haute cour ne peuvent être portées que devant les juridictions de droit commun.»

C’est-à-dire que devant cette juridiction, l’Etat ne pourra pas réclamer, directement, les milliards cités en accusation. Dans ces conditions, expliquent notre source, il sera difficile pour le régime de Macky Sall - qui n’a cessé de justifier la traque aux biens mal acquis comme étant une «commande sociale» - de demander aux populations d’attendre la saisine des cour et tribunal de droit commun pour savoir s’il y a des milliards dérobés ou pas.

L’autre obstacle qui poserait problème à la présidence de la ré- publique, serait comment expliquer aux Sénégalais, après deux ans d’enquête et sept mois de procès, par quelle pirouette juridique cette affaire pourrait atterrir devant une autre juridiction.
EnQuête

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