Les dirigeants politiques grecs devaient tenter mercredi soir lors d'un premier débat télévisé d'animer une campagne sans souffle pour les élections législatives anticipées du 20 septembre, troisième scrutin depuis le début de l'année dans un pays épuisé par cinq ans de crise économique.
L'ex-Premier ministre de gauche radicale, Alexis Tsipras, 41 ans, devra parer tant à droite, face à son rival Vangélis Meïmarakis dont les sondages montrent qu'il a le vent en poupe, qu'à gauche, face à son ex-compagnon de route, Panayotis Lafazanis, qui a fait sécession en dénonçant une capitulation face aux créanciers UE et FMI.
Cette scission au sein du parti Syriza a privé M. Tsipras de majorité au parlement, le poussant à démissionner le 20 août dans l'espoir de rasseoir sa légitimité.
Quelques heures avant le débat, le vétéran de gauche Manolis Glezos, icône de la résistance grecque aux nazis, a infligé un camouflet au jeune dirigeant. Il a officiellement rallié l'Unité populaire de M. Lafazanis, dont il dirigera la liste d'Etat.
Les quatre autres partis protagonistes d'une scène politique éclatée depuis le début de la crise, en 2010, assureront les seconds rôles. A l'exception notable de Nikos Michaloliakos, le chef de la formation néonazie Aube Dorée, en troisième position dans les sondages, mais qui est persona non grata à la télévision publique, notamment car il répond actuellement d'association de malfaiteurs devant la justice grecque, comme tous les dirigeants de son parti.
Retransmis à partir de 18H00 GMT (21h00 locales), le débat, le premier sur la tenue duquel les partis sont arrivés à s'entendre depuis 2009, risque surtout de tourner aux monologues successifs. Les leaders répondront tour à tour aux questions, et ne pourront s'interpeller que dans la dernière partie, prévue après minuit.
M. Tspiras devra à nouveau tenter d'expliquer pourquoi il a fini par accepter un troisième plan de sauvetage financier international après avoir promis d'affranchir le pays de l'austérité version UE-FMI.
M. Meïmarakis, 61 ans, doit quant à lui tenter de se poser en alternative crédible en dépit de la responsabilité de son parti de la Nouvelle Démocratie dans les décennies de mauvaise gouvernance ayant conduit le pays au bord du gouffre.
- Tenir parole envers l'UE -
Mais pour les deux, la marge de manœuvre est limitée: le pays devra adopter dès octobre une nouvelle série de mesures d'économie et de réformes dictées par ses créanciers, s'il veut s'assurer le versement des nouveaux prêts promis de 86 milliards d'euros sur trois ans.
"J'attends (des Grecs) qu'ils tiennent parole et respectent l'accord quel que soit le gouvernement qui gouverne", a rappelé le président de la Commission européenne, Jean-Claude Juncker, dans son discours de rentrée devant le Parlement européen.
Dans le cas contraire, "la réaction de l'Eurozone et de toute l'Union Européenne sera différente" envers le pays, qui a frôlé en juillet la sortie de l'euro, a mis en garde M. Juncker.
La réponse à apporter à l'afflux dans le pays de dizaines de milliers de réfugiés et migrants voulant se rendre en Europe occidentale s'est aussi invitée dans la campagne. S'il cultive un profil plus centriste que son prédécesseur, Antonis Samaras, qui avait qualifié les sans-papiers de "tyrans", M. Meïmarakis plaide pour un meilleur verrouillage des frontières.
Les débats télévisés ne font traditionnellement pas pencher la balance politique en Grèce, mais les analystes soulignent que cette campagne est différente. En l'absence de majorité absolue en vue, l'enjeu pour les petites formations est de se mettre sur les rangs des faiseurs de roi.
Dans le système politique très fluide actuel, le débat "est une excellente occasion pour leurs leaders de faire une bonne impression", souligne le sondeur Takis Theodorikakos.
Le petit parti de centre-gauche To Potami, créé par l'ancien journaliste Stavros Théodorakis, est vu comme un allié possible pour la Nouvelle Démocratie, tandis que M. Tspiras a entrouvert la porte à une alliance avec le Pasok socialiste.
Les deux principaux rivaux croiseront le fer à nouveau, cette fois en duel, pour le prochain et dernier débat de cette campagne express, le 14 septembre.
AFP

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