De difficiles tractations se poursuivaient en Ukraine pour trouver un successeur au Premier ministre démissionnaire Arseni Iatseniouk dont le départ devait être entériné mardi et qui laisse une Ukraine rongée par la crise économique et empêtrée dans un conflit avec les séparatistes pro-russes.
Des dissensions de dernière minute semblent avoir surgi au sein du parti présidentiel dont le candidat pour diriger le futur gouvernement, le jeune président du Parlement Volodymyr Groïssman, semblait pourtant jusqu'à présent le mieux placé pour succéder à Arseni Iatseniouk.
Selon plusieurs députés du parti présidentiel, M. Groïssman, 38 ans, jusqu'à présent considéré comme un fidèle du président Petro Porochenko, a créé la surprise en refusant lundi soir de diriger le gouvernement, le chef de l'Etat imposant des personnalités inacceptables dans son futur cabinet.
"Groïssman (...) s'oppose au désir du président de contrôler le gouvernement par-dessus sa tête", a écrit sur Facebook un député de cette formation Sergui Lechtchenko.
Mais, selon des médias, M. Groïssman serait ensuite revenu sur son refus en échange de cinq postes de ministres pour des personnes de confiance. Aucune information officielle à ce sujet n'a été dévoilée et l'examen du changement du gouvernement par les députés n'a toujours pas commencé à la mi-journée.
Interrogé mardi matin par l'AFP sur l'état des tractations, un collaborateur de M. Groïssman s'exprimant sous le couvert de l'anonymat a lâché que c'était "n'importe quoi".
Plus tard dans la matinée, des parlementaires du parti présidentiel se sont toutefois montrés plus optimistes sur les chances de surmonter les difficultés existantes pour voter la démission de l'actuel Premier ministre et la nomination de son successeur mardi.
- Nouveau cabinet moins compétent? -
Selon des observateurs, plusieurs ministres réformateurs, dont la ministre des Finances d'origine américaine Natalie Jaresko, très appréciée des Occidentaux et des experts, ne devraient pas être reconduits.
Malgré une relative stabilisation économique, le futur gouvernement héritera d'une situation très difficile avec la question non résolue du Donbass, l'Est de l'Ukraine partiellement sous le contrôle des séparatistes prorusses, et une crise économique aiguë aggravée par la détérioration des relations avec la Russie, premier partenaire commercial de l'Ukraine.
Pro-occidental nommé à la tête du gouvernement dans la foulée de la chute du régime prorusse de Viktor Ianoukovitch en février 2014, M. Iatseniouk avait annoncé sa démission dimanche, mais celle-ci doit être entérinée par la majorité des députés, soit au moins 226 voix.
La démission de cet homme de 41 ans intervient après des mois de mécontentement en Ukraine, en raison de l'insuffisance des réformes promises et de scandales de corruption touchant son entourage.
M. Iatseniouk avait échappé à la mi-février à une motion de censure du Parlement, mais celle-ci a pratiquement paralysé le travail de son cabinet et mis en danger la poursuite de l'aide financière occidentale, cruciale pour Kiev.
Cependant, les experts sont prudents quant aux chances du nouveau gouvernement de s'assurer la reprise de ce soutien financier dont la part de lion relève du Fonds monétaire international (FMI) qui exige de Kiev une intensification des réformes et davantage de lutte contre la corruption.
"C'est bien que la crise gouvernementale longue de deux mois se résolve enfin, mais il n'est pas certain que le nouveau gouvernement soit en mesure de débloquer l'aide occidentale", a ainsi écrit le Suédois Anders Aslund, spécialiste de l'économie ukrainienne, dans son blog.
Si la nomination de M. Groïssman devrait apaiser les tensions entre le pouvoir exécutif et législatif, le problème clé est que son gouvernement "sera probablement moins réformiste et compétent" que celui de M. Iatseniouk, au risque notamment de ne pas aller de l'avant avec des mesures d'austérité exigées par le FMI, a estimé l'expert.
AFP

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