Des milliers de civils ont fui mardi Minbej, un fief du groupe Etat islamique (EI) dans le nord de la Syrie quasiment encerclé par une coalition arabo-kurde qui cherche à couper une ligne de ravitaillement clé pour les jihadistes.

L'offensive sur Minbej dans la province d'Alep vise à couper l'axe que l'EI utilise pour faire transiter hommes, armes et argent de la frontière turque -à une trentaine de km plus au nord- vers la ville de Raqa, chef-lieu de la province du même nom et capitale de facto du groupe jihadiste.

"Nous encerclons Minbej de trois côtés (est, nord, sud) et les opérations se déroulent bien", a affirmé à l'AFP Sherfan Darwish, qui dirige l'assaut lancé le 31 mai par les Forces démocratiques syriennes (FDS), composées majoritairement de miliciens kurdes alliés à des combattants arabes. "La seule route qui reste encore ouverte pour l'EI est à l'ouest".

Selon l'Observatoire syrien des droits de l'Homme (OSDH), les FDS ont pris jusqu'à présent 58 villages et localités et ne se trouvent plus qu'à 5 km de Minbej au nord, à 2 km au sud et à 7 km à l'est.

Le directeur de l'OSDH Rami Abdel Rahmane a précisé que des "milliers" d'habitants avaient pris la fuite de Minbej alors que les jihadistes, qui ont fait sortir leurs familles, sont restés pour défendre la ville.

Le groupe jihadiste sunnite, qui contrôle Minbej depuis janvier 2014, "a commencé à autoriser les civils à fuir vers l'ouest (...)", a-t-il précisé. Certains habitants s'entassent dans des voitures, mais beaucoup fuient à pied.

- 105 frappes -

Environ 20.000 personnes vivent encore à Minbej selon des estimations, contre 120.000 habitants, tous sunnites, avant le début de la guerre en Syrie en mars 2011.

L'offensive est soutenue par des raids aériens de la coalition internationale conduite par les États-Unis et Washington a envoyé en Syrie 200 membres des forces spéciales pour conseiller les FDS.

Selon le commandement militaire américain au Moyen-Orient, 105 frappes ont été menées contre des cibles de l'EI en appui à la bataille de Minbej depuis le début de l'offensive.

Celle-ci fait partie des efforts visant "à chasser Daech de la frontière turque (...), de limiter le flux de combattants étrangers et de minimiser la menace de Daech contre la Turquie, l'Europe et les Etats-Unis", a-t-il dit en utilisant un acronyme en arabe de l'EI.

La route de ravitaillement de l'EI que les FDS cherchent à couper part de la ville de Jarablous (province d'Alep), près de la frontière turque, passe ensuite par Minbej avant de bifurquer vers le sud-est le long du fleuve Euphrate via la localité de Tabqa pour arriver à la ville de Raqa.

Située dans la province de Raqa, limitrophe de celle d'Alep, Tabqa est également la cible d'offensives des FDS à partir du nord, et des forces prorégime à partir du sud-ouest.

Les prorégime appuyés par l'aviation russe sont désormais à 30 km au sud-ouest de Tabqa et renforcent leurs positions, avant de poursuivre leur progression, a indiqué une source militaire syrienne en faisant état d'une contre-offensive jihadiste repoussée.

Selon l'OSDH, l'EI a dépêché en renfort 100 combattants et des armes à Tabqa.

- Abus présumés -

Le conflit en Syrie, déclenché par la répression de manifestations réclamant des réformes, s'est complexifié au fil des ans avec une multitude d'acteurs syriens, régionaux et internationaux. Il a fait plus 280.000 morts et des millions de déplacés et de réfugiés.

Les multiples offensives illustrent la détermination des Russes et des Américains, parrains d'acteurs différents du conflit, de concentrer leurs efforts sur la lutte contre l'EI, un groupe ultraradical responsable d'exactions terribles en Syrie et en Irak voisin ainsi que d'attentats meurtriers à travers le monde.

Selon des officiers à bord du porte-avions américain Truman passé du Golfe à la Méditerranée orientale, les appareils ont mené à partir de ce navire au moins 35 frappes contre l'EI en Syrie et en Irak entre vendredi et lundi.

En Irak, la progression des troupes à Fallouja, fief de l'EI à 50 km à l'ouest de Bagdad, est ralentie par le grand nombre d'engins piégés disséminés par les jihadistes et la présence de dizaines de milliers de civils bloqués dans le centre-ville, selon le commandement irakien.

Mais se voulant optimiste, le commandant de l'opération, le général Abdelwahab al-Saadi, a pronostiqué une "libération" de Fallouja "dans les prochains jours".

Alors que plus de centaines de civils ont pu sortir ces dernières semaines des zones périphériques de Fallouja, le Haut-Commissaire de l'ONU aux droits de l’Homme, Zeid Ra’ad Al Hussein, a exhorté Bagdad à garantir que toutes les personnes fuyant la cité soient traitées "dans le respect du droit international", en faisant état d'abus présumés par "des groupes armés appuyant les forces de sécurité".
AFP

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