Profitant hier de la présentation de la stratégie de résilience de la ville de Dakar, dans le cadre de «l’initiative 100 Villes Résilientes» de la Fondation Rockefeller, Khalifa Ababacar Sall a saisi l’occasion pour s’indigner de «l’établissement humain dans Dakar», qui donne froid dans le dos. Il n’a pas manqué de pointer du doigt l’Etat central qui a privatisé presque toutes les plages de Dakar.
Cinquième ville la plus peuplée d’Afrique de l’ouest, avec une population estimée à 3,3 millions en 2015, la croissance démographique rapide de Dakar s’explique par un taux de 2,6% soutenue par une migration urbaine, des années 1970 à nos jours. Le taux d’urbanisation est de 4% en moyenne, entre 2010 et 2015. Ainsi, «quand on voit l’établissement humain dans cette ville, on est tous inquiets. C’est une ville où on se met partout et n’importe comment», s’attriste Khalifa Ababacar Sall, maire de la ville de Dakar. Par conséquent, pression démographique, urbanisation rapide, chômage élevé des jeunes, demande croissante d’énergie, faible capacité d’assainissement, changement climatique, faible engagement communautaire, mendicité, faible coordination entre autorités centrales et municipales, sont les contraintes majeures de la ville de Dakar. «Est-ce que nous nous préparons à laisser aux générations futures un cadre de vie propice à une vie prospère ? Il n’y a pas de poumon vert à Dakar. Même les zones élevées telles que les mamelles, sont en train d’être habitées. Il n’y a plus de côtes, les Dakarois n’ont plus accès à leur plage, ils ne la voient même plus. Comment pouvons-nous construire une résilience dans ce cadre ?» S’interroge l’édile de Dakar.
Privatisation anormale des plages. S’agissant de la privatisation des plages à Dakar, Khalifa Sall indexe l’Etat central comme étant le principal responsable du mal des dakarois. «Dakar, toute la région du Cap Vert, est une presqu’île et aujourd’hui, la bande côtière est agressée. L’érosion côtière est le premier facteur de perte de nos plages. Partez de Mbour (région de Thiès) jusqu’à Dakar, les plages se sont réduites. En plus de l’érosion côtière, on a une occupation anarchique de nos plages, parce que l’Etat, depuis plusieurs années, a permis aux structures touristiques et hôtelières de s’implanter en bordure de mer. Ici, tout le monde veut avoir les pieds dans l’eau, les hôtels comme les maisons. Le peu de plage qui restait à Dakar est aujourd’hui privatisé, parce que ces hôtels, ces privés qui occupent la plage, utilisent les bordures de mer. C’est une situation regrettable et c’est l’Etat central qui est le principal responsable», accuse Khalifa Sall. Mais le maire de Dakar ne compte rester les bras croisés. « Nous allons continuer la sensibilisation, mais il nous faudra trouver une solution. Dans l’immédiat, c’est aux populations d’aller à la plage, sans tenir compte de ceux qui s’approprient ce qui leur appartient, d’ici à ce que l’Etat puisse prendre le problème à bras le corps. C’est devenu aujourd’hui alarmant, parce que nous sommes une ville côtière qui ne voit plus ses plages. Les populations n’accèdent plus à la plage et ce n’est pas normal», regrette le maire de Dakar.
Pour faire face aux défis de la croissance rapide et imprévisible des populations, dont les 2/3 au niveau mondial vont vivre dans les villes, la Fondation Rockefeller, pour célébrer ses 100 ans de présence, a initié «100 Villes Résilientes», depuis 2013, pour l’élaboration d’une stratégie. «Cette stratégie doit faire abstraction des divergences politiques, des tensions municipales et régionales. Il faut que la stratégie soit une institution en elle-même, pour survivre aux péripéties politiques, quelles que soient la couleur politique des tenants du gouvernement et les alternances», relève Michael Berkowitz, président de l’initiative «100 Villes Résilientes» de la fondation Rockefeller.
L’OBS

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