Me Abdoulaye Wade poursuit ses assauts contre Macky Sall. Hier encore, il a fustigé la démarche du chef de l’Etat qui «s’acharne» sur son fils.

Le temps presse pour Wade. Le compte à rebours a commencé. La date du verdict de son procès pour enrichissement illicite présumé s’approche et l’ancien Président multiplie les actions pour mettre la pression sur le pouvoir de Macky Sall. Plongé dans un silence depuis le réquisitoire du Procureur spécial et les plaidoiries des avocats de l’Etat et de quelques complices, Me Wade a retrouvé la voix, hier. Dans le cadre de ses rencontres, le Secrétaire général du Parti démocratique sénégalais (Pds) a reçu, en audience, hier, le mouvement «Sauvons le Sénégal» de Babacar Mbaye Ngaraaf. Une occasion saisie par l’ancien chef de l’Etat pour faire comprendre à ses invités les raisons profondes de l’acharnement de son successeur contre son fils. «Macky Sall a peur de Karim», croit-il, dur comme fer. Mais, Me Wade regrette que le Sénégal soit à un stade où «le Président prenne la décision de mettre en prison tous les adversaires politiques dont il a peur».

«Karim n’est pas poursuivi pour sa gestion. Aucun rapport ne l’a épinglé»

Dans une tenue saharienne, Me Wade est entouré de quelques uns de ses collaborateurs comme son Directeur Cabinet Baba Wone, Alioune Diop, Me Amadou Sall, Pape Samba Mboup… Et comme pour accréditer la thèse d’un complot contre son fils, Me Wade a révélé l’existence d’une campagne de diabolisation orchestrée depuis longtemps pour anéantir Karim Wade. Mais il se réjouit que les Sénégalais aient compris le jeu. Il explique que «la tentative de diabolisation a échoué parce que les Sénégalais savent bien que Karim Wade n’est pas poursuivi pour sa gestion». Comme pour appuyer son argumentaire, il ajoute : «Aucun rapport ne l’a épinglé dans la gestion des affaires publiques.» Un constat suffisant pour que l’ancien chef de l’Etat crie à un règlement de compte sous prétexte de la reddition des comptes.

Moussa et le pharaon, Karim et Macky

La conviction de Me Abdoulaye Wade est qu’à travers les supplices qu’on lui fait subir, Macky Sall a mis inconsciemment Karim Wade dans le cœur des Sénégalais. Une position renforcée par le rappel historique de l’Imam Sané de Guédiawaye. Le religieux a lié l’histoire de Karim et de Macky à celle du prophète Moussa et du pharaon. Ce dernier qui voulait éviter que Moussa lui succède a tout fait pour l’écarter, en vain. Mieux, en cherchant à le combattre, il a précipité son accession au trône. Comme pour dire que Macky Sall travaille pour se faire succéder par Karim Wade au Palais de la République.

Le patron des libéraux du Pds semble avoir une bonne idée de l’avenir de son parti, eu égard à l’intérêt qu’il suscite chez les populations. Wade révèle n’avoir jamais vu un parti qui perd le pouvoir et qui, seulement quelques années après sa chute, recueille autant de soutiens. Même s’il fait l’apologie de la paix et prie pour la stabilité politique et sociale, l’ancien Président dit n’être pas dans les dispositions d’accepter que les acquis qu’il a laissés au peuple soient sacrifiés sous l’autel d’intérêts personnels. D’ailleurs, regrette-t-il la méthode de gestion de Macky Sall. Car à son avis, il a laissé le pays à un niveau où un petit effort de son successeur aurait suffi pour faire du Sénégal un Eldorado.

Mise en place de Comités de lutte «Fippu»

Avant le discours de Wade, c’est le coordonnateur du mouvement «Sauvons le Sénégal», Babacar Mbaye Ngaraaf qui a ouvert les discussions. Et c’est pour présenter le Sénégal sous son plus sombre tableau. Il a commencé par déplorer les errements de la justice. Une chose grave car il soutient qu’un pays peut manquer de tout sauf une justice équitable pour tous. «Sinon les citoyens seraient obligés de se faire justice», alerte-t-il. Dans son réquisitoire contre le régime de Macky Sall, Babacar Mbaye Ngaraaf a fait constater la crise qui secoue le système scolaire. «Demain (aujourd’hui : Ndlr), tout le système scolaire, du préscolaire au supérieur, sera bloqué à cause de la grève des enseignants. Cela est dû seul fait du régime qui préfère la confrontation à la concertation». Le coordonnateur de «Sauvons le Sénégal» part de son constat pour justifier leur volonté de multiplier les Comités de lutte «Fippu» qui seront les cellules de base d’une vaste résistance populaire. Pour lui, «il faut créer les conditions de la décentralisation, de la généralisation et de l’intensification de la lutte contre le forcing, l’oppression et la persécution érigées en mode de gestion».
L'OBS

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