Par sa vocation de créateur de richesses et pourvoyeur d’emplois, le secteur privé est un partenaire de choix pour les pouvoirs publics, notamment dans le cadre du Plan Sénégal émergent, a déclaré le président Macky Sall, hier, à l’ouverture du Forum international sur le financement des projets de type Partenariats public-privé (Ppp) qui se tient à Dakar du 5 au 7 mai.

« L’Etat à lui seul ne peut réaliser l’émergence, il en crée les conditions par des politiques publiques cohérentes et un environnement des affaires propice à l’investissement privé. C’est pourquoi nous avons associé le secteur privé dans la conception du Plan Sénégal émergent (Pse). Il (le secteur privé) demeure notre principal partenaire dans la phase décisive de sa mise en œuvre », a expliqué le chef de l’Etat à l’ouverture du Forum international sur le financement des projets de type Partenariats public-privé (Ppp). « Ce plan, nous le voulons non seulement comme réponse à la question lancinante de l’emploi, mais surtout comme moyen d’exploitation optimale des secteurs stratégiques de notre économie. L’agriculture sera bientôt un secteur où nous pourrons véritablement utiliser les Ppp à travers les nouvelles orientations de l’agro-industrie pour promouvoir la contractualisation, le développement de l’agriculture familiale mais aussi la création de grandes fermes, pour accroitre la production agricole et toutes les chaines de valeur », a-t-il ajouté. Le chef de l’Etat a également cité les infrastructures, les transports (comme le projet de Train express régional), l’énergie, les mines, les Tic, la santé ou même la construction de prisons comme des domaines de prédilection des Ppp. « Dans chacun de ces domaines, nous avons des besoins énormes, nous avons aussi des opportunités d’investissements et de partenariats à offrir ». Cependant, si les opportunités sont « presque infinies », il faut une régulation qui ne soit pas contraignante, mais qui veille sur les intérêts de toutes les parties, y compris des investisseurs et des usagers, a noté M. Sall. A cet effet, il a estimé qu’il faudra, un moment donné, qu’on évalue le coût du ticket du péage de l’autoroute Dakar-Diamniadio. « On ne peut pas faire ce type d’investissement sans rémunération, mais s’il faut payer, il faut que le coût soit bien étudié pour que les intérêts de tout le monde soient pris en charge », a avancé le président de la République.

Révision des codes minier et pétrolier
Pour ce qui est des mines, « l’Etat n’a pas la vocation ni les moyens de faire de la prospection et l’exploration, c’est aux compagnies privées de venir investir », a-t-il renchéri, annonçant au passage une révision des codes minier et pétrolier pour se conformer à la charte Itie (Initiative pour la transparence des industries extractives) et pour attirer les investissements dans ce secteur. Invitant le privé à être plus offensif dans des secteurs comme le tourisme, Macky Sall a justifié la récente mesure de suppression du visa d’entrée : « Lorsque je suis une politique, si je me rends compte qu’elle ne reçoit pas un écho favorable, je sais m’arrêter (…).
Concernant le financement proprement dit, l’alchimie consiste à combiner les financements classiques venant des partenaires et des bailleurs avec les financements innovants. « Il s’agit, à la lumière de la baisse tendancielle de l’aide publique au développement et des limites objectives des prêts concessionnels, de voir comment, par des mécanismes innovants, tirer le meilleur profit qu’offrent les financements de type Ppp », a-t-il expliqué. C’est fort de ce constat que le Sénégal a décidé de s’engager dans la voie des Ppp. Cette approche a permis d’identifier un certain nombre de contraintes dans la loi dite Cet qui, jusqu’ici, régissait les Ppp. Au nombre de ces contraintes figurent le caractère restrictif de leur champ d’application et les lourdeurs de procédures qui entravent la mise en œuvre des projets d’envergure. La nouvelle loi adoptée en février 2014 reflète, aux yeux du président Sall, le choix de l’efficacité dans la réalisation des objectifs du gouvernement, mais aussi de la transparence. De même, elle contient des dispositions qui favorisent la participation accrue des entreprises de droits communautaires aux projets de contrats de partenariats. Cependant, elle pose l’obligation faite aux parties de réserver à l’actionnariat local au moins 20 % du capital de la société devant réaliser le projet ainsi que le transfert de technologies et l’emploi de la main d’œuvre locale. Une mesure visant à permettre le privé national de jouer son rôle dans la réalisation d’une nouvelle génération de projets d’infrastructures d’intérêt national, a indiqué le chef de l’Etat. En contrepartie, celui-ci doit satisfaire aux exigences de qualité et de célérité.

Adapter l’administration à une dynamique de développement
Outre les donnes avancées plus haut, le président de la République a insisté sur la nécessité d’une modernisation de l’administration qui « doit impérativement passer d’une logique de commandement à une dynamique de développement ». Il invite les agents administratifs à ne plus considérer les usagers comme des administrés, mais comme des partenaires. « Si chacun avait cette conception, nous n’aurions pas de dossiers qui dorment dans les tiroirs, a-t-il estimé.

Un outil à parfaire
Selon Gérard Sénac, Pdg d’Eiffage Sénégal, société concessionnaire de l’autoroute Dakar-Diamniadio, le financement, au même titre que les normes techniques et juridiques, fait partie des nombreuses facettes de ce type de partenariats. En d’autres termes, les projets en question doivent avoir la capacité de créer des compétences locales, intégrer les préoccupations de l’ensemble des parties prenantes et favoriser les acteurs socialement responsables et soucieux du respect de l’environnement. Pour M. Sénac, malgré l’expérience réussie entre l’Apix et Eiffage concernant l’autoroute Dakar-Diamniadio, les Ppp demeurent un outil à parfaire pour l’adapter à l’urgence de développement en Afrique et à ses spécificités. A cet effet, il a demandé à l’Etat de simplifier les procédures, notamment l’analyse de risques et de prise de décision. Il a estimé aussi indispensable une étroite collaboration entre les différents acteurs d’un Ppp où chacun apporte une réponse à la préoccupation de l’autre – ce qui change fondamentalement la donne habituelle des marchés publics – qu’il s’agisse du respect du planning ou des coûts. Par la voix de Johan Verkammen, ambassadeur du royaume de Belgique et co-président du G50, les partenaires techniques et financiers encouragent, pour leur part, le gouvernement à poursuivre la dynamique d’innovation des instruments de Ppp tout en recommandant un renforcement des capacités des acteurs et la promotion d’instruments adaptés aux spécificités sectorielles. Rejoignant Mansour Cama, M. Verkammen a recommandé aussi d’explorer davantage les possibilités offertes par les Ppp pour le développement d’initiatives locales plus ciblées à plus faible échelle impliquant les acteurs dans les terroirs, dans des secteurs comme l’agriculture, la santé et l’éducation.

MANSOUR CAMA, PRESIDENT DU CNES : « Les Ppp, une formidable opportunité pour les entreprises nationales »
Le président de la Confédération nationale des employeurs du Sénégal (Cnes) voit dans l’option du gouvernement d’exploiter les Ppp une « formidable opportunité » pour les entreprises nationales. Il a félicité l’Etat d’avoir fixé un cadre juridique et réglementaire clair (la loi sur les Ppp de févier 2014) invitant les entreprises étrangères à s’associer avec les entreprises locales dans tous les projets d’infrastructures de ce type. Selon Mansour Cama, le secteur privé représente une opportunité pour le développement des infrastructures en Afrique de l’Ouest. En effet, en termes de projets de type Ppp, l’Afrique subsaharienne ne représente que 10 % dans l’ensemble des pays en développement, soit 9 % en termes d’investissements avec plus du quart réalisé par l’Afrique du Sud et le Nigéria. Or, le besoin de financement annuel en matière d’infrastructures est estimé à 93 milliards de dollars. C’est pourquoi, a-t-il dit, l’apport du secteur privé ne doit pas être négligé dans ce marché des infrastructures qui offre d’énormes opportunités. Par ailleurs, dans l’optique de la territorialisation des politiques publiques, les Ppp, d’après le président du Cnes, constituent un des moyens les mieux indiqués pour satisfaire la demande locale en infrastructures de base. « Face aux problèmes financiers de l’Etat, il y a un espace pour un partenariat gagnant-gagnant entre le secteur privé et les collectivités locales », a-t-il noté. Mais, la réussite d’un Ppp nécessite confiance et transparence, sans que l’autorité publique se trouve en position de faiblesse face aux grands opérateurs mondiaux. Son rôle devra être donc de « veiller à ce que le processus soit basé sur des principes d’équité, de transparence et d’avantages mutuels pour une bonne régulation des secteurs de concession publique ». Une politique de Ppp réussie obéit aussi à un certain nombre d’exigences : installer des institutions capables de gérer le processus de mise en place des Ppp, prendre le temps de faire l’analyse technique des projets et procéder à leur planification, mettre en place un système d’appel d’offres transparent, s’inspirer des modèles réussis de Ppp, veiller à une implication forte du privé national et accorder un accent particulier au transfert de compétences.

AMADOU BA, MINISTRE DE L’ECONOMIE, DES FINANCES ET DU PLAN : « Les Ppp ne doivent pas être considérés comme une solution de financement facile »
« Les contrats de Ppp ne doivent pas être considérés comme une solution de financement facile. Le recours à ce mode de financement ne doit pas aussi être une résultante d’un mode d’expérimentation d’une alternative de financement », a indiqué Amadou Bâ, ministre de l’Economie, des Finances et du Plan. Pour lui, les Ppp sont une innovation pour le financement de notre développement social et économique. Il a soutenu que la transformation de l’économie dans le cadre du Pse et le rééquilibrage macroéconomique nécessitent un appel à l’épargne du privé national et international. Il a jugé nécessaire d’élaborer un manuel de procédures sur les Ppp.

ABDOUL AZIZ TALL, MINISTRE EN CHARGE DU PSE : « Les Ppp sont actuellement en plein essor en Afrique »
Ce forum, a constaté le ministre en charge du Pse, se tient dans un contexte marqué par la mise en œuvre du Pse où le privé y occupe une place fondamentale dans le financement des projets. Son implication, a-t-il dit, peut prendre plusieurs formes : les Ppp, les investissements directs dans les secteurs productifs. Selon lui, si les investissements directs (Ide) ont connu un développement fulgurant durant les dernières décennies, les Ppp, de leur côté, sont actuellement en plein essor. « C’est un levier important de financement des économies africaines. Notre continent fait face à un besoin de financement de près de 43 milliards de dollars pour ses infrastructures », a relevé M. Tall. A son avis, malgré le rôle central que les Ppp peuvent jouer, des défis restent à relever. Il s’agit, par exemple, de mettre en place des conditions propices, comme l’élaboration d’un cadre juridique.
Dans sa communication sur le financement du Pse, Ibrahima Wade, directeur du Bos, a mis en exergue les différents projets qui devront être financés grâce aux Ppp. Il s’agit, a-t-il précisé, de la production céréalière avec un corridor qui nécessite une enveloppe de 650 milliards de FCfa, dont 630 milliards pour les Ppp, les agropoles intégrés pour 615 milliards. Pour ce qui est des programmes d’habitat, le besoin de financement est de 490 milliards de FCfa, dont 485 milliards attendus des Ppp. A cela s’ajoute le projet des zones touristiques intégrées pour un financement de 140 milliards de FCfa, dont 130 milliards pour le privé et 11 pour l’Etat.

ABDOULAYE LY, DIRECTEUR DE LA PROMOTION DES INVESTISSEMENTS : « Harmoniser les cadres juridiques dans les Ppp »
Le directeur de la Promotion des investissements, Abdoulaye Ly, a relevé les contraintes liées à la demande de crédit dans le cadre des Ppp. Il s’agit notamment de la qualité peu satisfaisante des dossiers, de l’absence de tenue d’états financiers, des lourdeurs administratives qui, à son avis, ralentissent le rythme du taux d’absorption de crédits. A ces contraintes s’ajoutent le degré de maturité des projets, la velléité dans les négociations de contrats, la réduction du fossé énorme entre la perception du risque lié à l’investissement en Afrique et la réalité sur le terrain. M. Ly a, en outre, souligné la nécessité d’harmoniser les cadres juridiques en matière de Ppp. Selon lui, 36 des 45 pays africains disposent d’une unité Ppp qui est l’organe de gestion de Ppp pour asseoir une gouvernance des projets.

FRANCOIS SENE, DIRECTEUR DE L’AGENCE NATIONALE DE LA BCEAO : « La réglementation financière n’est pas contraignante »
A en croire le directeur de l’agence nationale de la Bceao, François Sène, la réglementation financière dans l’espace Uemoa ne constitue pas un obstacle aux montages de projets de Ppp dans le cadre d’un financement des projets. Elle accompagne plutôt les apporteurs de fonds. Selon lui, l’essentiel des financements obtenus à travers les Ppp sont destinés aux projets d’infrastructures.
Le Soleil

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