N’en déplaise aux conseils de Sidy Mouhammed Boughaleb, le doyen des juges n'a pas rendu son ordonnance sur un coup de tête. Au contraire...
A la suite de l'ordonnance du Doyen des juges, renvoyant leur client devant la Chambre criminelle, les avocats de Sidy Mohammed Boughaleb ont tenu une conférence de presse, hier, pour le «laver». Dans la foulée, ils ont annoncé qu’ils allaient interjeter appel contre l’ordonnance du magistrat instructeur.
Selon Libération, eux-mêmes savent que cet appel sera irrecevable et que, en vérité, tout ce qu’il leur reste à faire, c’est de prier pour que l’appel introduit par le parquet prospère.
Comme l'a révélé Libération, le ministère public qui avait requis le renvoi de Tombon Oualy devant la Chambre criminelle a fait appel à l’ordonnance du doyen des juges qui, lui, a estimé que le présumé meurtrier de l’étudiant Bassirou Faye était Sidy Mohammed Boughaleb. Il est maintenant du devoir de la Chambre d’accusation d’arbitrer.
Cependant, penser que le doyen des juges a pris sa décision sur un coup de tête ou sur la base de quelque autre raison, est fausse. Au cours de l’instruction de ce dossier, le magistrat instructeur a glané des faits qui ont fondé son intime conviction.
En effet, la principale arme de défense de Boughaleb a consisté à dire qu’au moment du tir, intervenu vers les coups de 13 heures, il était hors de l’Université Cheikh Anta Diop (Ucad). Effectivement, Boughaleb avait été blessé à la tête et a bénéficié de soins basiques - un pansement et un antibiotique - à l'infirmerie de l'Ecole nationale de police.
Boughaleb soutient que le pansement avait lâché et qu'il a dû cette fois-ci prendre un taxi pour se rendre au Camp Abdou Diassé.
N’était-il pas plus simple de retourner auprès du même aide-soignant à l’Ecole de police ?
Le problème est que cela soit à l’Ecole de police ou au Camp Abdou Diassé, aucune heure fixe ne figurait sur les registres d’admission ou de sortie. La conviction du magistrat instructeur est que Boughaleb serait retourné sur le théâtre des opérations et c’est au cours des affrontements que son pansement s’est détaché.
En effet, des réquisitions faites auprès de la Sonatel signalent Boughaleb vers 12 heures 45 minutes sur le périmètre de l’Ecole normale supérieure, c’est-à-dire, à quelques mètres de marche de l’Ucad. Les avocats de Boughaleb soutiennent néanmoins que leur client dispose d’un certificat médical de cinq jours, oubliant de préciser que ce document lui a été délivré à l’hôpital principal, cette fois-ci cinq jours après les faits.
L’autre problème est que les témoins Sette Diagne, Doudou Faye et Guedji Dionne ont tous affirmé que le tireur présumé était de teint clair, costaud et mesurant entre 1 mètre 75 et 1 mètre 80. Boughaleb mesure entre 1 mètre 80 et 1, mètre 82 selon ses propres déclarations. Ces témoins ont ajouté un autre détail : le tireur discutait avec quelqu’un avec son talkie-walkie, il a raccroché avant de s’adosser à un poteau, et de tirer en tenant son arme des deux mains. Il se trouve que P.S. Guèye a confirmé avoir reçu un appel de Boughaleb au moment où le «front» était en ébullition. Il a ajouté que Boughaleb lui a demandé de l’appel sur son téléphone portable. Et lorsqu’il lui a fait comprendre qu’il ne pouvait pas le faire compte tenu de la situation, Boughaleb a systématiquement raccroché.
Autant de faits qui troublent le doyen des juges. Il faut dire que le principal argument brandi contre Tombon Oualy a été de soutenir que ce dernier avait infiltré les bataillons mis en place pour tenir tête aux étudiants. Il se trouve que des réquisitions ont montré que le portable de Tombon Oualy a abrité une autre puce téléphonique pendant des heures. Cette puce appartient à un gradé qui soutient que son portable était déchargé et que c’est Tombon Oualy qui lui a prêté le tien afin qu’il puisse coordonner les opérations.
Ce n’est d’ailleurs qu’au lendemain des opérations qu’il lui a rendu l’appareil. La question est de savoir comment on peut bénéficier de tant de faveurs d’un «infiltré»...
Dakaractu

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