Le directeur général de l’Agence de la Couverture maladie universelle (CMU), Cheikh Mbengue a promis de suivre la question des ressortissants étrangers qui chercheront à profiter des services de ce programme gouvernemental dans les zones frontalières du pays et de saisir au besoin les autorités supérieures, afin qu’elles prennent la décision qui s’impose.

‘’Nous allons suivre la question. Si le nombre de ressortissants étrangers est de nature à porter atteinte au déséquilibre du système, nous allons rendre compte aux autorités supérieures pour qu’elles prennent une décision’’, a notamment assuré M. Mbengue.

Il répondait, mardi à Salémata (Kédougou), à une interpellation du préfet de sous-Dakatelli, Lucien Chambas, concernant les ressortissants des pays voisins qui viendraient ‘’profiter des efforts consentis par notre Etat’’ en direction des populations sénégalaises.

M. Chambas qui prenait part au comité départemental de développement (CDD) lors duquel la CMU a été lancée officiellement dans le département par le préfet du département de Salémata, avait lancé : ‘’Quand le Sénégal donne de la gratuité, c’est pour des Sénégalais’’.

Il avait ajouté que ce principe était tout aussi valable pour tous les autres départements frontaliers. Le sous-préfet de Dakatelli avait noté que concernant les personnes âgées de 60 ans et plus, ‘’c’est facile de vérifier’’ leur identité, mais que la vigilance devait être plus marquée pour ce qui est des enfants de zéro à cinq ans.

La couverture maladie universelle vise à faciliter l’accès à la santé aux franges de la population du pays qui ne bénéficient pas de protection sanitaire, en s’appuyant sur au moins 375.000 mutuelles auxquelles adhéreront quelque 75% de la population.

La CMU offrira des soins et des médicaments gratuits aux enfants de zéro à cinq ans, ainsi qu’aux personnes âgées de 60 ans et plus, tout en couvrant à hauteur de 80% les soins administrés aux composantes des tranches d’âges intermédiaires qui adhéreront aux mutuelles à travers une cotisation annuelle de 7.000 francs CFA, subventionnée à 50% par l’Etat.

Certaines maladies et complications spécifiques comme la césarienne des femmes enceintes et la dialyse sont aussi prises en charge à titre gratuit.

Un premier quota de 50.000 personnes handicapées et 2,4 millions de personnes indigentes auront droit à la gratuité totale en 2016, selon le DG de l’agence de la CMU.

Le DG de l’agence de la CMU a souligné la complexité de cette question déjà portée à son attention lors de ses séjours à Kolda et Ziguinchor, d’autres régions frontalières.

Pour lui, ‘’plusieurs principes s’entrechoquent’’, à ce sujet. Il s’agit du principe de libre circulation des personnes et des biens, du droit à la santé, le médecin ne pouvant pas refuser de soigner un malade, au risque de le voir mourir. Toutefois, ‘’le Sénégal ne peut pas soigner gratuitement tous les citoyens de la sous-région’’, a-t-il dit.

‘’Ce sont des populations de pays frères, et nous (de la CMU) ne pouvons pas dans le cadre d’un système de santé, interdire à un enfant gambien de venir se soigner au Sénégal, d’autant plus qu’il y a des citoyens sénégalais qui vont se soigner en Gambie ou dans d’autres pays’’, a-t-il dit.

‘’Tant que cela n’a pas atteint des proportions graves, nous pouvons continuer à mettre en œuvre le programme dans les conditions (actuelles)’’, a indiqué M. Mbengue.

‘’Mais quand nous constatons que cela est en train de prendre des proportions qui risquent d’hypothéquer la bonne marche du programme, nous allons rendre compte aux autorités supérieures et il leur appartiendra de prendre les décisions qu’il faut, et nous nous contenterons de les appliquer’’.

Abondant dans le même sens que le DG, le préfet de Salémata Mamadou Khouma a souligné le caractère délicat du sujet, en raison du fait que c’est les mêmes familles qui vivent de part et d’autre de la frontière.

‘’Parfois, quand tu interpelles un étranger, il te sort une pièce d’identité nationale’’ sénégalaise, a-t-il dit.

Il a ajouté que concernant le matériel agricole subventionné mis à la disposition des producteurs, l’administration déconcentrée demande systématiquement qu’on ferme la frontière pour éviter qu’il sorte vers les pays voisins, mais pour ce qui est de la santé, ‘’c’est très sensible’’, a dit M. Khouma.

APS

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